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Suite logement BBC

LOGEMENT BBC : LES CONSOMMATIONS REELLES, LE VECU DES HABITANTS, LES COUTS

Les premiers résultats de « Vivre dans un logement BBC », une étude commanditée par le certificateur CERQUAL, ont été rendus publics.

Cette étude, à caractère qualitatif, analyse en détail six résidences certifiées « Bâtiment Basse Consommation Effinergie® » habitées depuis au moins deux ans.

Elle adopte une approche socio-éco-technique et vise à répondre à trois questions :

  Quelles sont les consommations réelles des logements comparées aux consommations conventionnelles définies par le label? Comment expliquer les écarts ?

– Quel est le vécu des occupants? Quelles convergence ou divergences existe-t-il entre leur vécu et le confort mesuré?

– Quels sont les coûts d’utilisation de l’énergie pour les occupants et les coûts d’investissement et de maintenance?

Elle est réalisée par une équipe composée de Jean Carassus, économiste, Ecole des Ponts ParisTech (coordinateur), Chantal Laumonier, sociologue, Bernard Sésolis, directeur, Damien Janvier, Rémi Wrona, ingénieurs, Tribu Energie.

Ses premiers résultats sont encourageants. Les consommations réelles peuvent être au-dessus du conventionnel mais aussi au dessous. Les résultats sont différents selon l’indicateur utilisé: kWhep/m²/an ou kWhep/personne/an.

Les consommations dépendent fortement de l’occupation et du comportement des ménages.

L’étude met en évidence le processus d’apprentissage en cours des professionnels mais aussi la sous-estimation par ces derniers de l’information et de l’apprentissage des occupants.

Le rapport final sera rendu public début 2013.

Télécharger le résumé des premiers résultats

Editorial Septembre 2012

DU GRENELLE DE L’ENVIRONNEMENT A LA TRANSITION ECOLOGIQUE ET ENERGETIQUE

Organisée après les élections présidentielles de 2007, la concertation du Grenelle de l’Environnement entre l’Etat, le patronat, les syndicats, les collectivités territoriales et les associations environnementales a permis à la France de rattraper son retard vis-à-vis des pays les plus avancés dans les domaines du changement climatique, de la biodiversité et des risques environnementaux et sanitaires. Les lois Grenelle 1 et 2 de 2009 et 2010 ont fondé la nouvelle politique du pays qui s’est traduit par des avancées dans les trois domaines.

Quelle est la situation après les élections présidentielles de 2012 et le changement d’orientation politique du pays ? La Conférence Environnementale des 14 et 15 septembre 2012 qui rassemblait les mêmes partenaires que ceux du Grenelle de l’Environnement, plus des représentants du Parlement, donne des premiers éléments de réponse.

Dans la Conférence, qui s’appuyait sur un bilan chiffré très intéressant du Grenelle de l’Environnement (le rapport de l’inspecteur des finances Thierry Wahl), la crise écologique a été présentée non pas comme un phénomène en soi mais comme une des dimensions de la grande crise qui secoue la planète depuis 2007, qui selon nous a la même gravité que la crise de 1929. La stratégie de sortie de crise a donc non seulement des dimensions financière, économique et sociale mais aussi une dimension écologique, et cette stratégie devrait faire référence à un nouveau modèle de développement.

La Conférence Environnementale de septembre 2012 s’inscrit dans ce qui est appelé la « transition écologique et énergétique » du pays. Il conviendrait de préciser la transition vers quoi ? Vers quel nouveau modèle de développement ? Les Suisses ont défini une vision avec le concept passionnant de la « Société à 2000 Watts », qui a fait l’objet de votes de la population dans plusieurs cantons. Quelle est la vision française ?

Certes la tâche est difficile, car contrairement à certains qui défendent une conception harmonieuse et naturelle du développement durable, nous pensons au contraire que la définition du nouveau modèle de développement va faire l’objet de débats très tendus, fondés sur des rapports de force aux enjeux technico-financiers considérables. Mais la définition d’une vision à moyen terme est incontournable. Les réflexions du groupe de travail du Plan Bâtiment sur la Réglementation Bâtiment Responsable 2020, dont nous faisons partie, suggérant des éléments d’une « société sobre et décarbonée, désirable et durable« , sont versées au débat.

La Conférence Environnementale a abordé cinq domaines d’action.

Le premier domaine est la transition énergétique qui s’inscrit dans la perspective de diminuer la part de l’énergie nucléaire dans la production de l’électricité de 75% à 50% d’ici 2025, mais aussi par le symbole de la fermeture de la centrale de Fessenheim en 2016 et le refus de l’exploitation des gaz de schiste, à cause des conséquences environnementales de la technique de fracturation hydraulique.

La transition s’inscrit dans la proposition française que l’Europe s’engage, après l’objectif de moins 20% de gaz à effet de serre en 2020, comparé à 1990, sur des objectifs de moins 40% en 2030 et moins de 60% en 2040.

Le second domaine d’action est celui d’une politique ambitieuse en matière de biodiversité, avec notamment la création d’une agence nationale de la biodiversité, sur le modèle éprouvé de l’ADEME pour l’énergie.

Le troisième domaine est la prévention des risques sanitaires et environnementaux. Les conséquences sanitaires de la dégradation de l’environnement commencent à être mieux connues et doivent être mieux combattues.

Le quatrième domaine d’action concerne la question essentielle du financement et de la fiscalité écologique, l’envoi d’un signal prix significatif par l’augmentation des taxes environnementales est prévu.

Le cinquième thème est celui de la gouvernance environnementale, dans le cadre d’un rôle renforcé des régions.

L’ensemble débouche sur une feuille de route pour la transition écologique .

La Conférence Environnementale se réunira chaque année pour mesurer le chemin réel parcouru et donner les inflexions et impulsions nécessaires.

L’immobilier et le bâtiment sont concernés par les 5 thèmes de la conférence, mais pour le secteur, la mesure phare de la Conférence a été l’annonce de la mise aux normes énergétiques d’un million de logements par an, 500 000 logements neufs basse consommation d’énergie et 500 000 logements rénovés sur le plan énergétique. L’objectif est particulièrement ambitieux.

Les deux principaux obstacles à l’atteinte de tels objectifs sont d’une part le financement et d’autre part les compétences des acteurs de la filière bâtiment.

Dans la construction neuve, les acteurs de l’immobilier et du bâtiment ont montré leur capacité à appliquer rapidement, à grande échelle et à coûts maîtrisés, le label « Bâtiment Basse Consommation Effinergie® », qui anticipe la réglementation 2012 divisant par trois la consommation moyenne d’un bâtiment en comparaison avec la réglementation 2005. C’est une performance étonnante que peu de personnes imaginaient possible il y a 5 ans.

Mais pour la rénovation du parc existant, à supposer que le financement soit trouvé, les acteurs du bâtiment ne sont pas prêts à la date d’aujourd’hui. Le nombre de professionnels formés dans des qualifications comme « Eco Artisans » promue par la CAPEB ou « Les professionnels de la performance énergétique » développée par la FFB est très faible. Un moyen efficace de faire progresser fortement ce nombre serait de réserver les financements aidés à ces professionnels qualifiés.

Passer d’une obligation de moyens à une obligation de résultats, avoir une vision d’ensemble de la thermique d’un logement, se préoccuper non seulement des travaux mais aussi de l’exploitation après rénovation, mettre l’utilisateur au centre car c’est de lui que les consommations réelles dépendent, voici les grands défis des acteurs du bâtiment dans les mois qui viennent pour la rénovation du parc de logements. Des enjeux similaires concernent le parc tertiaire, privé et public. La sortie du décret sur les travaux dans le secteur tertiaire est vivement espérée.

Il y a nécessité d’un Plan Bâtiment ambitieux, et il est bon que Philippe Pelletier ait été reconduit comme président du Plan Bâtiment Durable qui prend la suite du Plan Bâtiment Grenelle. Ce plan sera conduit en partenariat étroit avec les collectivités territoriales, en particulier les régions, comme l’indique la lettre de mission de Philippe Pelletier signée par la ministre de l’Egalité des territoires et du logement et la ministre de l’Ecologie, du développement durable et de l’énergie.

jean.carassus@immobilierdurable.eu

Editorial Septembre 2012

THE ECOLOGICAL AND ENERGY TRANSITION: THE NEW FRENCH ENVIRONMENTAL POLICY


Held after the 2007 presidential elections, the dialogue of the “Grenelle de l’Environnement” between the government, employers, trade unions, local authorities and environmental associations has enabled France to catch up vis-à-vis the most advanced countries in the areas of climate change, biodiversity and environmental and health risks. The laws Grenelle 1 and Grenelle 2 of 2009 and 2010 established the new national policy which has resulted in progress in all three areas.


What is the situation following the 2012 presidential elections and the change of political direction of the country? The Paris Environmental Conference on 14 and 15 September 2012 which brought together the same partners as those of the “Grenelle de l’Environnement”, as well as representatives of the Parliament, provided some of the first answers.


In the Paris Environmental Conference, which was based on a very interesting quantitative assessment of “Grenelle de l’Environnement”, the ecological crisis was not presented as a phenomenon in itself but as one of the dimensions of the ongoing global crisis, which we believe has the same gravity as the 1929 crisis. The strategy for recovering from the crisis has not only financial, economic and social dimensions but also an ecological one, and this strategy should refer to a new development model.


The Paris Environmental Conference perspective is what is called the « ecological and energy transition » of the country. It is necessary to define the objective of such a transition; what is the new development model? The Swiss have defined a vision with the exciting concept of the « 2000-watt Society« , which was the subject of votes in several cantons. What is the French vision?


The task is certainly challenging because, unlike some who advocate a harmonious and natural conception of sustainable development, we believe instead that the discussion on the definition of the new development model will be difficult, based on the balance of power between considerable financial and technical interests. The definition of a medium-term vision is nonetheless essential.


At the end of the Paris Environmental Conference, a roadmap concerning five action fields was published. .

The first action field is the energy transition marked by a commitment to reduce the share of nuclear energy in electricity production from 75% to 50% by 2025, but also by the symbol of the decommissioning of a first nuclear plant in 2016 and the refusal to develop shale gas extraction, because of the environmental consequences of hydraulic fracturing.

To specify the energy transition, France will propose that Europe will be committed, after the goal of a 20% reduction in greenhouse gas emissions by 2020 compared to 1990, on targets of a 40% reduction in 2030 and a 60% reduction in 2040.


The second field relates to an ambitious policy concerning biodiversity, including the creation of a National Biodiversity Agency, on the model of the French National Energy Agency.


The third action field concerns the link between environment and health. The health consequences of environmental degradation are becoming better known and need to be better controlled.


The fourth field concerns the critical issue of funding and environmental taxation, with the willingness to create a price signal through higher environmental taxes.


The fifth field is environmental governance, including an increase of the role of regions.


In the real estate and construction sector, the key measure of the Paris Environmental Conference was the announcement of the improvement of energy standards of one million dwellings per year, with 500,000 new homes with low energy consumption and 500,000 units renovated to improve energy efficiency. This goal is particularly ambitious.

The two main obstacles to achieving such objectives are funding and skills.

In new construction, French real estate and construction players have shown their ability to quickly apply on a large scale and with cost control, the « Low Consumption Building Effinergie® » label, which anticipates the 2012 regulation dividing by three the average consumption of a building as compared with the 2005 regulation.

This is an amazing performance that few people could imagine 5 years ago.

But for refurbisment of the existing stock, if funding is found, the construction players are not currently ready. The number of professionals having got « Eco Artisans” label, promoted by the French Building Craftsmen Association, or “Energy Performance Professionals” label, developed by the French National Building Federation, is very low.


To move from an obligation of means to an obligation of results, to get a comprehensive view of the thermal performance of a dwelling, to be concerned not only by works but also by operation after renovation, to concentrate on the user because the user has a great impact on the actual energy consumption; these are the major challenges for building players in the coming months for the renovation of housing stock. Similar issues concern tertiary stock, both in the private and public sectors.

There is need for an ambitious Building Plan and it was good that the same leader, Mr Philippe Pelletier, a lawyer, was reappointed as Chairman of the « Sustainable Building Plan », the new name of the Grenelle Building Plan. This Plan will be conducted in close partnership with local authorities as indicated in the mission letter of Mr Pelletier, signed by Mrs Cecile Duflot, the Minister for The Equality of Territories and Housing and Mrs Delphine Batho, the Minister for Ecology, Sustainable Development and Energy.

jean.carassus@immobilierdurable.eu

Editorial août 2011

Immobilier durable: faisons le point

L’immobilier durable peut être défini comme étant un immobilier significativement performant dans les domaines de l’énergie, de l’environnement et de la santé, tout en étant acceptable socialement et d’un coût maîtrisé. Etroitement articulé à l’urbanisme et aux transports, il constitue une dimension essentielle de la ville durable.

Depuis la création de ce blog, il y a trois ans – c’était en avril 2009 -, la question de l’immobilier durable a fortement progressé, tant du côté des pouvoirs publics que de celui des professionnels, ainsi que dans le monde de la recherche, en France comme à l’international.

Au niveau européen, la directive 2010/31/UE du 19 mai 2010 sur la performance énergétique des bâtiments a actualisé la précédente directive de 2002, et a ainsi donné de premiers éléments d’application dans l’immobilier et le bâtiment, du « paquet climat énergie » européen décidé fin 2009, politique dite des « trois 20 en 2020 » : moins 20 % de gaz à effet de serre et de consommation d’énergie, 20 % d’énergies renouvelables, en moyenne dans les 27 pays membres.

En France, les lois dites Grenelle 1 et Grenelle 2 des 3 août 2009 et du 12 juillet 2010 ont fixé le nouveau cadre législatif de la politique en matière de changement climatique, biodiversité et risques environnementaux et de santé.

Dans l’immobilier, le changement est radical : division par trois environ des consommations énergétiques dans le neuf, baisse de 38 % des consommations énergétiques en moyenne dans les 3,5 milliards de m² du parc existant d’ici 9 ans.

Pour l’essentiel, ces lois sont mises en application à partir de 2012, la loi Grenelle 2 nécessitant, pour être applicable, pas moins de 189 décrets et arrêtés, dont 44 pour le secteur bâtiment et urbanisme!

Mais certaines dispositions sont appliquées avec anticipation. Dans le neuf, les demandes de labels « Bâtiment Basse Consommation Effinergie® », qui anticipent la réglementation thermique 2012, concernaient, en décembre 2008, 7 400 logements et 15 opérations tertiaires. Le 1er mars 2012, elles représentent 378 870 logements et 680 opérations tertiaires.

Après le dispositif original, au niveau international, du Grenelle de l’Environnement, fondé sur une négociation inédite entre cinq grands corps de la société (gouvernement, collectivités locales, patronat, syndicats, associations), un autre mécanisme original a été mis en place : le Plan Bâtiment Grenelle. Ce Plan mobilise plus d’un millier de professionnels, travaillant en étroite collaboration avec les pouvoirs publics, sur la mise en œuvre opérationnelle du Grenelle. Le projet de décret sur la rénovation énergétique obligatoire du parc tertiaire public et privé a mobilisé à lui seul près de 200 personnes répartis en 8 groupes de travail !

Pour les professionnels de l’immobilier et du bâtiment, l’immobilier durable signifie un changement de paradigme qui représente une véritable révolution culturelle : le passage d’un engagement de moyens à un engagement de performance. Toute la chaine d’acteurs est concernée : collectivités territoriales, gestionnaires de parcs, établissements financiers, maîtres d’ouvrage, maîtres d’œuvre, entrepreneurs, industriels, exploitants, utilisateurs. Cela prendra un certain temps, peut-être une génération.

Notre blog, centré sur la dimension économique de l’immobilier durable, met à la disposition de ses lecteurs des documents regroupés dans trois rubriques : « Politiques et marchés », « Coûts et rentabilité », « Finance ».

Dans le champ « Politiques et marchés », les textes montrent que le moteur est avant tout politique. L’Union Européenne a défini des objectifs ambitieux pour 2020. La Commission Européenne réfléchit déjà à 2050. Dans sa communication de mars 2011 « Feuille de route vers une économie compétitive à faible intensité de carbone à l’horizon 2050 », la Commission indique qu’il faudrait atteindre un facteur 5, entre 1990 et 2050, de baisse des gaz à effet de serre. Mais comme des secteurs comme l’agriculture et les transports pourront difficilement dépasser le facteur 2, l’immobilier devrait atteindre un facteur 10 ! Le marché commence à suivre l’impulsion politique. Certains labels énergétiques et environnementaux sont en train de devenir de nouvelles normes de marché.

Dans la rubrique « Coûts et rentabilité », la recherche économique commence à apporter des preuves de mécanismes de marché, fondés sur la « valeur verte », qui met en avant la survaleur des immeubles verts, essentiellement pour les marchés des bureaux américain et hollandais et pour les marchés résidentiels suisse et hollandais. Mais il est permis de penser que la « valeur verte » s’exprimera plus en termes de décote des immeubles menacés d’obsolescence, parce que non verts, plutôt qu’une survaleur des immeubles verts. Ceci est une autre version du même mécanisme économique de valorisation/dévalorisation des immeubles lié au développement durable.

La question des performances conventionnelles et des résultats réels des immeubles verts est de plus en plus traitée, avec intégration de l’exploitation et du comportement des utilisateurs. L’usage et le confort commencent à être étudiés.

La rubrique « Finance » met en évidence le retard de la finance privée dans l’immobilier durable. Le mouvement s’appuie pour l’instant essentiellement sur des instruments publics, comme, en France, l’éco-prêt à taux zéro, les certificats d’économie d’énergie et les crédits d’impôt. Mais les contrats de performance énergétique, les partenariats publics-privés intégrant l’énergie et le tiers investissement pourraient connaître quelque succès.

Notre blog apporte sa pierre à l’édifice. Près d’une centaine d’articles, études, rapports, lois… sont présentés et mis à la disposition des lecteurs, sans compter les textes disponibles sur les portails comme celui du Plan Bâtiment Grenelle, d’Effinergie ou les sites de l’UNEP. Le document le plus lu est notre analyse sur la rentabilité de l’immobilier durable qui a eu plus de 4 500 lecteurs, en comptant les versions française et anglaise. Celui sur les certifications a dépassé les 3 000 lecteurs et l’interview d’AXA Real Estate les 2 500 lecteurs. Le groupe de travail sur la valeur verte est au-delà des 2 000 lecteurs, ceux sur le benchmark international des politiques d’efficacité énergétique, le texte sur la directive européenne et la présentation des principales certifications BBC, HQE, BREEAM, LEED… sont au delà de 1 500, les communications sur l’innovation ont dépassé les 1 000.

L’étude « Les immeubles de bureaux verts tiennent-ils leurs promesses ? » a suscité de nombreuses réactions et, dans un autre domaine, le mastère spécialisé « Immobilier, Bâtiment et Energie » de l’Ecole des Ponts ParisTech, que nous animons, génére un intérêt certain.

Merci pour vos réactions et critiques !

jean.carassus@immobilierdurable.eu

Editorial August 2011

Sustainable Real Estate: let us take stock

Sustainable real estate can be defined as a significantly efficient real estate in the areas of energy, environment and health, while socially acceptable and at reasonable cost. Closely articulated to urban planning and transportation, it is an essential dimension of the sustainable city.

Since the creation of our blog, three years ago – it was in April 2009 -, the issue of sustainable real estate has increased strongly, both from government and from Construction and Property sector players, and also in the world of research.

The European Directive 2010/31/EC of 19 May 2010 on the Energy Performance of Buildings has updated the previous 2002 Directive, and thus gave a basis of application, in real estate and construction, of the European « Climate and Energy Package » decided in late 2009, the so-called policy of “Three 20 in 2020″: a decreasing of 20% of greenhouse gas emissions and energy consumption compared to 1990, 20% renewable energy, on average in the 27 Member States.

In France, an original device was the “Grenelle de l’Environnement”, a novel negotiation in 2007 between five main bodies of the society (government, local authorities, employers, unions, associations) about the climate change, biodiversity and environmental hazards national policy. “Grenelle” is the name of the street in Paris where is located the Social Affairs Ministry, where important “Grenelle agreements” were negotiated after the big May 1968 strike.

The so-called laws “Grenelle 1 and 2” on August 3, 2009 and July 12, 2010 set the new legislative framework of this new climate change, biodiversity and environmental hazards policy.

In real estate, the change will be radical: division by three of energy consumption in new buildings, down 38% of energy consumption on average in the 3.5 billion square meters of existing buildings within 9 years.

For the most part, these laws will be implemented from 2012, the “Grenelle 2” law requiring to be applicable, not less than 189 decrees and orders, including 44 for real estate and urban planning!

But some provisions are applied with anticipation. For new buildings, requests for « Low Energy Consumption Building Effinergie® » label that anticipates the 2012 thermal regulation, concerned in December 2008, 7,400 homes and 15 non-residential units. On 1 March 2012, they represent 378,870 homes and 680non-residential units.

Another original mechanism was established: the “Grenelle Building Plan”. This plan involves more than a thousand professionals, working closely with government, on the actual implementation of the “Grenelle 1 and 2” laws. The draft decree on the mandatory energy refurbishment of non-residential real estate, mobilizes alone nearly 200 people divided into eight working groups!

For the Construction and Property sector actors, sustainable real estate means a paradigm shift that represents a true cultural revolution: the passage of a commitment to means to a commitment to performance. The whole chain of actors is involved: local authorities, financial institutions, owners, developers, architects, contractors, manufacturing industry, operators and users. It will take some time, perhaps a generation.

Our blog, which highlights the economic dimension of sustainable real estate, provides its readers with documents grouped under three headings: « Policies and Markets », « Costs and Profitability, » « Finance ».

In the field « Policy and Markets », the texts show that the engine is above all political. The European Union has set ambitious targets for 2020. The European Commission is already thinking about 2050. In its communication of March 2011, « A Roadmap for moving to a competitive low carbon economy in 2050 », the Commission indicated that greenhouse gases emissions should decrease by 80 % between 1990 and 2050, that is a factor 5. Since sectors such as agriculture and transportation can hardly exceed factor 2, according to the European Commission, real estate is expected to reach factor 10! The market is beginning to follow the political impetus. Some energy and environmental labels are becoming new market standards.

Under the heading « Costs and Profitability », Economic Research is beginning to provide evidence of market mechanisms, based on the « green value », mainly for the U.S. and Dutch offices markets and for the Swiss and Dutch residential markets. But there is reason to believe that the « green value » will speak more in terms of discount of buildings threatened with obsolescence, because non-green, rather than goodwill of green buildings. This is another version of the same economic mechanism for valuation / devaluation of property related to sustainability.

The issue of conventional performance and actual results of green buildings is increasingly dealt with integration of operation and user behavior. The use and comfort are beginning to be studied.

The « Finance » section highlights the delay of private finance in sustainable real estate. The movement for the moment mainly relies on public instruments, such as, in France, interest-free eco-loans, energy saving certificates and tax credits. But the energy performance contracts, the public-private partnerships including energy and investment by a third party could know some success.

Our blog aims to contribute to the movement. A lot of articles, reports, laws… are presented and available to readers. The most read document is our analysis on the profitability of sustainable real estate that took more than 4,500 readers, in the two English and French versions. The one about certifications and an interview of AXA Real Estate exceeded 2 500 readers. The text on the European directive, the Green Value Working Group, the International Benchmark on Energy Efficiency Policies Task Group, communications about green innovation exceeded 1 000 readers.

The study « Are green office buildings keeping their promises?” aroused many reactions and, in another field, the « Real Estate, Construction and Energy » Executive Master of Ecole des Ponts et Chaussées, a member of Paris Institute of Technology, that we monitor, is generating interest.

Thank you for your feedback and commentaries!

jean.carassus@immobilierdurable.eu

Suite éditorial en Français

LA CATASTROPHE EST PROBABLE, CROYONS EN L’IMPROBABLE

«  Le vaisseau spatial Terre est propulsé par quatre moteurs incontrôlés : la science, la technique, l’économie, le profit, chacun d’eux étant alimenté par une soif insatiable : la soif de connaissance (science), la soif de puissance (technique), la soif de possession, la soif de richesses ». Par cette phrase, issue de son dernier livre[1], Edgar Morin nous incite à réfléchir où ces moteurs insatiables amènent notre petite planète.  Pour lui, la réponse est claire : « vers l’abîme[2] » est l’issue la plus probable.

Car à côté du meilleur que peuvent engendrer science, technique, économie et profit, ces quatre moteurs peuvent aussi produire le pire, sur une planète où s’interpénètrent, selon Edgar Morin, pas moins de sept crises simultanées : économique, écologique, démographique, urbaine, rurale, politique et sociétale[3].

En nous limitant à la question des ressources planétaires, nous savons qu’il n’y a pas de raison d’empêcher les Chinois, les Indiens et les Brésiliens de connaître un mode de vie comparable à celui des Américains, des Européens et des Japonais. Mais nous savons que, pour satisfaire ces appétits légitimes, le vaisseau Terre n’y suffira pas. Il faudrait de 4 à 5 vaisseaux Terre pour y parvenir. La difficulté est que nous n’en avons qu’un.

La catastrophe est donc probable. Mais nous dit Edgar Morin, il faut croire en l’improbable, car l’improbable est possible. Et il nous rappelle : souvenez-vous, en 1941, Hitler, à la tête d’une des plus sanglantes dictatures que l’humanité ait jamais produite, domine l’Europe, et avec son allié militariste Japonais, bientôt le monde. La catastrophe est probable. C’est convaincus de cette idée, que Stefan Zweig et sa jeune femme se suicident le 22 février 1942. Mais l’improbable se produit : l’invincible Wehrmacht est bloquée par l’hiver et le peuple russes. Le tournant de la guerre est amorcé.

Mais, Grand Dieu, quel est le rapport entre toute cette histoire  et l’immobilier durable ?

Par le plus grand des hasards, l’immobilier est dans les pays développés le problème n°1 de trois enjeux géo stratégiques planétaires, qui, s’ils ne sont pas maîtrisés, mènent le vaisseau Terre à la catastrophe : le dérèglement et réchauffement climatique, la sécurité de l’approvisionnement énergétique et la limitation des ressources naturelles.

En effet, dans les pays développés, l’immobilier représente approximativement plus de 40 % de l’énergie consommée, près de 40 % du CO2 émis et 40 % des déchets. Et je ne compte pas l’énergie nécessaire et le CO2 émis, d’une part lors de la construction, la réhabilitation et la démolition des immeubles, d’autre part lors du transport des utilisateurs, en particulier lorsque l’immeuble n’est pas construit près d’une station de transport en commun.

La soif de l’immobilier, en consommation d’énergie, en émissions de CO2, en production de déchets, en utilisation de terrains, est insatiable. Cela est vrai bien sûr à notre échelle en France, mais songez à la Chine qui construit chaque année 2 milliards de m² d’immeubles, soit, tous les douze mois, plus de la moitié du stock immobilier existant français !

Les professionnels de l’immobilier et de la construction, en France et ailleurs dans le monde, souvent sans le savoir, ont une énorme responsabilité pour l’avenir du vaisseau Terre.

Pour que le vaisseau Terre reste vivable, il faut, entre autre, diminuer les émissions de gaz à effet de serre d’environ 50 % sur la planète entre 1990 et 2050. Nous ne pouvons pas demander le même effort que le nôtre aux Chinois, aux Indiens et aux Brésiliens, dont une partie importante de la population vit dans la misère et qui, contrairement à nous, ont produit peu de gaz à effet de serre pendant deux siècles. L’effort des pays développés (Europe, Amérique du Nord, Japon…) devra être une baisse des émissions de l’ordre de 80 %.

Pour atteindre cet objectif, il faudrait faire en sorte que tout l’immobilier neuf soit d’ici neuf ans à énergie positive, comme le demande la Directive européenne sur la performance énergétique des bâtiments n° 2010/31/UE du 19 mai 2010.

Plus ambitieux encore, il faudrait que les émissions de CO2 produites par le parc immobilier diminuent, entre 1990 et 2050, d’environ 90 %, comme le demande le projet de Communication sur « La feuille de route pour une économie bas carbone en 2050 », publiée le 9 février 2011 par Connie Hedegaard, Commissaire Européenne à l’Action Climatique.

Tout cela est hautement improbable !

Croyons en l’improbable. Car l’improbable est possible.

jean.carassus@immobilierdurable.eu




[1] « La Voie, Pour l’avenir de l’humanité ». Edgar Morin. Fayard. 2011. Page 28.

[2] Qui est le titre d’un de ses précédents ouvrages. « Vers l’abîme ? ». Edgar Morin. L’Herne. 2007.

[3] « La Voie », op cit page 21.

Editorial continued in English

THE DISASTER IS LIKELY, BELIEVE IN THE UNLIKELY


« The Spaceship Earth is powered by four uncontrolled engines: science, technology, economy and profit, each being fed by an insatiable thirst: the thirst for knowledge (science), the thirst for power (technical), the thirst for possession, the thirst for wealth[1]. » By this sentence, resulting from his latest book, French sociologist Edgar Morin encourages us to think where these insatiable engines will bring our small planet. For him, the answer is clear: « Towards the abyss[2]” is the most likely outcome.


Truth to say, if Science, technology, economy and profit can produce the best, the four motors can also produce the worst, on a planet where are happening, according to Edgar Morin, no less than seven simultaneous crises: economic, ecological, demographic, urban, rural, political and societal.

 

By limiting ourselves to the question of planetary resources, we know that there is no reason to prevent the Chinese, Indians and Brazilians to know a way of life comparable to that of the Americans, Europeans and Japanese. But we know that to satisfy those legitimate appetites, the Spaceship Earth will not be enough. There should be 4 to 5 Earth vessels to achieve this. The difficulty is that we have only one.


The disaster is likely. But, says to us Edgar Morin, one must believe in the unlikely, because the unlikely is possible. And he reminds us: remember, in 1941, Hitler, the leader of one of the bloodiest dictatorships that humanity has ever produced, dominated Europe, and with his militarist Japanese ally, soon the world. The disaster was likely. Convinced of this idea, Stefan Zweig and his young wife committed suicide on February 22, 1942. But the improbable happened: the invincible Wehrmacht was blocked by Russian winter and people. The turning point of the war had begun.


But, my God, what is the connection between all this history and sustainable real estate?


By the merest chance, real estate is in developed countries the problem No. 1 for three global strategic issues, which if not controlled, lead the Spaceship Earth to disaster: global warming, security of energy supply and limited natural resources.


Indeed, in developed countries, real estate represents approximately 40% of energy consumption, nearly 40% of emitted CO2 and 40% of waste. And I do not count the energy and CO2 emissions necessary, firstly for the construction, refurbishment and demolition of buildings, secondly for users’ transportation, especially when the building is not built by a transit station.


Thirst of real estate, in energy consumption, emissions of CO2, production of waste and land use, is insatiable. It is true of course on our scale in Europe, but think of China which builds each year 2 billion square meters of buildings, that is to say, every twelve months, more than half of the French existing real estate stock!

 

Property and construction industry actors, in Europe and in the world, often unknowingly, have a huge responsibility for the future of Spaceship Earth.

 

So that the Spaceship Earth remains livable, it is necessary, among other things, to reduce greenhouse gas emissions by about 50% in the planet between 1990 and 2050. We cannot expect the same effort as ours from the Chinese, Indians and Brazilians, of which a great part of the population lives in misery and who, unlike us, have produced few greenhouse gas emissions over two centuries.  Developed countries (Europe, North America, Japan …) must lower emissions of around 80%.


To achieve this goal, we should ensure that any new building will be, within the next nine years, a zero energy building, as required by the EU Energy Performance of Buildings Directive n°2010/31/UE of May 19, 2010.

 

And, much more difficult, CO2 emissions produced by real estate stock should decline, between 1990 and 2050, by roughly 90%, as requested in the draft Communication entitled  » A roadmap for moving to a low carbon economy in 2050″, published on February 9, 2011 by Connie Hedegaard, European Commissioner for Climate Action.

 

All this is highly unlikely!


Believe in the unlikely. Because unlikely is possible.

 

jean.carassus@immobilierdurable.eu



[1] « La Voie, Pour l’avenir de l’humanité ». Edgar Morin. Fayard. 2011. Page 28.

[2] Which is the title of a previous book by Edgar Morin: « Vers l’abîme ? ». Edgar Morin. L’Herne. 2007.« 


 

Suite Editorial en Français

Je tiens désormais une chronique mensuelle dans la Lettre Business Immo Green, qui s’adresse aux professionnels de l’immobilier. Pour lire les dernières chroniques, cliquer sur les mots suivants: Vers quel objectif 2050?, L’innovation pourquoi faire?, Voeux de la Direction du TrésorMesurable, Vérifiable, ReportableRefusons un certain pessimisme, Energie et fondamentaux de l’immobilier, Valeur verte, Loi Grenelle 2, Surcoût ou nouveau risque?, Le grand saut qualitatif.

Le groupe de réflexion informel « Valeur Verte en Pratique », dont je fais partie, a publié une synthèse de ses travaux sous le titre « Evaluer et garantir la valeur verte immobilière » dans IEIF Réflexions Immobilières n°53 du 3ème trimestre 2010. Pour télécharger l’article, cliquer ici.

Dans cet éditorial, un dialogue fructueux est établi avec le directeur général d’une foncière allemande sur la « valeur verte » immobilière. Au-delà de plusieurs divergences, d’intéressantes convergences apparaissent.

Ensuite une analyse de la nouvelle directive européenne de 2010 sur la performance énergétique des bâtiments et son application en France est proposée. Quel contraste avec l’application, tardive et un temps limitée, de la précédente directive de 2002 !

Le Grenelle de l’Environnement est passé par là. Et la France, hier le mauvais élève, est maintenant dans les tous premiers de la classe ! Reste à ce que ces textes législatifs très ambitieux entrent maintenant dans la réalité de la construction et de l’immobilier, et dans les pratiques des professionnels.

Enfin, le principe de ce blog est de mettre gratuitement à la disposition de ses lecteurs de nombreux textes, en français et en anglais, permettant un meilleur lien entre professionnels et chercheurs, dans le champ de l’économie de l’immobilier durable. Ainsi vous pouvez:

      A gauche, télécharger des articles, mémoires, rapports dans la rubrique « Téléchargements » (classés en trois domaines: Politiques et Marchés, Coûts et Rentabilité, Finance) et utiliser les « Liens utiles »,

      A droite, télécharger des textes de conférences et de groupes de travail. Voyez en particulier le Benchmark mondial sur les politiques d’efficacité énergétique, réalisé sous forme de sessions internet internationales, organisées par le Task Group n°66 « Energy and the Built Environment » du Conseil International du Bâtiment, que je coordonne. Vous pouvez aussi accéder aux éditoriaux précédents. Notons que l’article sur la rentabilité de l’immobilier « vert » a dépassé les 2 000 lecteurs et que celui sur la convergence mondiale des certifications environnementales a été traduit en chinois !

Bonne lecture et n’hésitez pas à donner vos commentaires.

Jean Carassus, consultant, Professeur Ecole des Ponts ParisTech,

jean.carassus@immobilierdurable.eu

Editorial continued in English

In this editorial, a fruitful dialogue is established with the CEO of a German Real Estate Investment Trust on “green value”. Beyond several differences, interesting similarities emerge.

Then an analysis of the new 2010 European Energy Performance of Buildings Directive and its implementation in France is available. What a contrast with the late and sometime limited implementation in France of the previous 2002 Directive!

The “Grenelle of the Environment” went through here. And France, yesterday the bad pupil in the class, is now among the very first! It remains now that French very ambitious regulations really get into the reality of the Construction and Property sector, and practices of all professionals involved.

The action principle of our blog is to offer free access texts allowing a better link between Construction and Property professionals and researchers in the field of Sustainable Real Estate Economics. Thus you can:

– On the left side, download articles and reports from « Téléchargements » item (classified into three areas: Policies and Markets, Costs and Profitability, Finance) and use some « Useful Links »,

– On the right side, download conference and working groups papers. See in particular the Energy Efficiency Worldwide Benchmark, embodied as international Internet sessions, organized by Task Group n° 66 « Energy and the Built Environment » of International Council for Building (CIB), which I coordinate. You can also reach previous editorials. Let us notice that more than 2 000 persons read the article dealing with Green Value and the paper dedicated to the World wide Common metrics of Green buildings labels has been translated into Chinese!

Enjoy and feel free to give your feedback.

Jean Carassus, consultant, Professor Ecole des Ponts ParisTech,

jean.carassus@immobilierdurable.eu  

Dialogue sur la « valeur verte » avec le directeur général la suite

Nous avons reçu récemment le courriel suivant :

« Cher Monsieur,

 J’ai lu avec attention votre « Guest Column » dans « Property Investor Europe» de Juillet 2010, intitulée « Obsolescence issues mean green real estate no longer an extra cost, but extra value ».

 Autant je suis un fervent défenseur de l’approche durable de l’immobilier (la société que je dirige prend activement par aux discussions du GRI sur le supplément immobilier), participe en Allemagne au DGNB (l’équivalent français de HQE), et travaille avec d’autres sur la problématique au travers de l’International Sustainability Alliance, autant il me semble important de revenir sur ce qu’il me semble représente un certain nombre de contre vérités qui malheureusement sont poussées de plus en plus par des personnalités académiques.

1-      Les fameux 40%.

Le chiffre avancé par l’UNEP, et repris en cœur par les défenseurs de l’immobilier vert. Il ne s’agit pas pour moi de contredire la nature de ce chiffre (je n’ai à ce jour pas trouvé un quelconque fondement à ce chiffres, mais je veux bien vivre avec), mais juste de souligner le dangereux amalgame qui est fait du fait de l’utilisation de ce chiffre. Vous sous-entendez en utilisant ce chiffre, qu’il est potentiellement possible de diminuer la consommation énergétique et les émissions de gaz à effet de serre significativement simplement en travaillant sur les immeubles. Or il est évident (du moins je l’espère) que si les immeubles contribuent si fortement à la consommation énergétique c’est du fait qu’environ 40% (je vous l’accorde le chiffre est aussi flou que le précédent) de l’activité économique à lieu dans des immeubles. L’impact en termes d’énergie et de gaz à effet de serre dans le cadre de l’utilisation d’un immeuble et tout autant lié à sa conception qu’à la manière dont il est utilisé par la suite.

Compte tenu du fait que la propriété des immeubles et extrêmement disparate, que le stock effectivement détenu par des acteurs institutionnels (susceptible d’agir rapidement) est relativement faible, et par ailleurs le niveau de rajeunissement du stock est extrêmement long (contrairement par exemple au stock automobile) il est dangereux de prétendre qu’on peut effectivement agir sur les problématiques climatiques avec des outils tels que l’immobilier durable. Avec le niveau d’investissement actuel il n’y a pas plus de 1 à 2% du stock d’immeuble commerciaux qui est renouvelé en Europe chaque année. Autant dire que s’il faut compter sur ca pour sauver la planète… Stigmatiser l’industrie immobilière ne sert pas vos desseins.

2-      Les « immeubles verts » créent de la valeur.

 Vous vous appuyez pour faire des affirmations fortes (vous parlez dans l’article de PFE de « firm conclusions ») sur l’étude largement répandue de Mrs Piet Eichholtz. Cette étude ne prouve en réalité pas grand-chose, si ce n’est qu’un immeuble neuf vaut plus qu’un immeuble ancien (en terme de valeur locative, et en terme de valeur capitalistique, pour plus de détails http://alstria.blogspot.com/2010/03/ceteris-paribus.html#more). En l’occurrence cette étude conclue d’ailleurs d’elle-même en page 16 « The results suggest that the LEED rating has no statistically significant effect upon commercial rents » ce qui ne va pas vraiment vous en conviendrez dans le sens de votre article.

 La principale problématique de ces études comme des nombreuses que vous publiez sur votre blog est qu’elles partent d’une conclusion (un immeuble vert crée de la valeur) qu’elles essaient ensuite de démontrer avec des données statistiques. La réalité est cependant diamétralement opposée (et je ne fais pas de sémantique). Un immeuble vert ne crée pas de valeur, mais l’introduction des problématiques durable dans l’immobilier à accélérer l’obsolescence du stock existant, et par conséquent réduit la valeur des immeubles « non verts ». Il est urgent, et notamment au niveau académique d’arrêter de parler de « Green Premium », mais de se focaliser sur la réalité ou comme disent nos amis anglo-saxon du « brown discount ».

Le danger est de continuer à essayer de convaincre les acteurs du marché de quelque chose alors que toute leur expérience pratique montre que cela ne correspond pas à la réalité. A l’exception de quelques immeubles servant de vitrine à certaines sociétés (le nouveau siège de Siemens à Munich par exemple), il n’y a pas, pour les personnes qui sont actives dans le marché au jour le jour, de preuves tangibles de retour sur investissement supérieur dans le cadre d’un immeuble vert. Il serait par contre beaucoup plus facile d’attirer l’attention sur les retours sur investissement inferieurs à ceux attendus dans le cas d’immeubles non vert.

Le résultat de l’approche que vous suivez, est que pour une majeure partie des acteurs de l’immobilier commercial en Europe, la notion d’immobilier durable est purement marketing. Il est plus facile de lever des fonds en faisant du « vert », notamment auprès d’investisseurs individuels. Par conséquent, peu de personnes ont tendance à regarder au delà du certificat en lui-même qui devient une fin en soi (il faut être certifié, mais personne ne sait plus vraiment pourquoi). Or (ces deux analyses sont d’ailleurs absente de votre blog), il est maintenant largement prouve que le certificat en lui-même n’es garant de rien du tout (cf. Etude du USCGB, et la contre analyse MIS-LEED-ING). Il est des immeubles LEED platinium qui consomme plus d’électricité que le moins bien conçu des immeubles des années 70. La majorité des systèmes de certification environnementale existants s’appuient sur des études théoriques qui sont loin de refléter la réalité pratique de l’utilisation des bâtiments. Par ailleurs, aucun des référentiels que je connais ne remet strictement en cause les décisions de conception quelque fois ubuesques. Je reste toujours perplexe à la vue des immeubles tout en verre certifiés durables… sous prétexte que la double (et quelquefois triple) couche de verre est plus efficace qu’une épaisseur simple.

3-      La notion d’immobilier durable se résume à l’approche énergétique

Il y a comme une forte propension reprise souvent dans les medias (le webcast de Property Investor Europe sur le sujet est parlant) à faire un amalgame entre un immeuble durable est un immeuble efficace énergétiquement, Votre blog illustre bien mon propos. Bien que « immobilier durable » vous n’abordez que les problématiques énergétiques. La notion de « durable » est à mon sens bien plus large que la simple problématique énergétique. Houston, ou Dubai pour ne citer que ces deux villes sont plein d’immeubles certifiés « sustainable » qui sont vides. A mon sens, l’immeuble le plus durable que l’on puisse imaginer est celui que l’on n’a pas eu besoin de construire.

A ce jour, aucune des approches de certification des immeubles ne prend en considération ce qui est à mon sens la question primaire. Est-il nécessaire ou non de construire cet immeuble ? Pas plus qu’elles ne prennent en compte la viabilité économique d’un projet sur le long terme, ou une approche globale de la problématique (i.e. est-il préférable de construire un nouveau bâtiment pour l’utilisateur ou vaut-il mieux redévelopper un immeuble existant?). On ne peut pas reprocher aux promoteurs de ne pas considérer ces points qui relèvent plus de la planification urbaine que de l’approche individuelle. Un exemple frappant est celui de la ville de Frankfort qui malgré un des taux de vacance les plus hauts d’Europe, a délivré 800,000 m² de droits à construire (soit environ un an de demande locative). Au sein même de Frankfort la nouvelle tour de la BCE relève typiquement de l’immeuble certifie HQE, qui n’aurait jamais du être construit (pour plus de détails : http://alstria.blogspot.com/2009/10/two-fridge-syndrome.html)

Ultimement je reste persuadé que nous défendons les mêmes valeurs et servons les mêmes objectifs. Je suis en contact journalier avec mes équipes, mes locataires, des promoteurs, et différents acteurs de l’immobilier commercial (en l’occurrence en Allemagne). Les personnes préoccupées par les problématiques durables sont en règle générale peu nombreuses. Pour beaucoup tout ceci n’est qu’une affaire de marketing, dans la mesure où sur le terrain, la réalité est bien loin des promesses faites. Pour arriver à convaincre le plus grand nombre de la nécessité d’une approche durable il est à mes yeux primordial de refléter la réalité des choses : L’immobilier durable ne sera bientôt plus une option, mais une nécessité. Il n’y a aucune plus value à en attendre, mais il y a un risque majeur à l’ignorer.

Olivier Elamine, CEO, Alstria Office REIT, www.alstria.com, 

www.alstria.blogspot.com« 

Nous avons fait la réponse suivante:

« Cher Monsieur,

Je vous remercie pour votre appréciation sur l’article publié dans « Property Investor Europe » de Juillet 2010. Elle permet un dialogue fructueux sur le thème stratégique de l’immobilier durable. Je reprends les trois parties de votre argumentation.

1            Les fameux 40%.

J’indique dans l’article qu’en Europe, l’immobilier représente 40 % de l’énergie consommée et 36 % des gaz à effet de serre émis. Ces chiffres proviennent de la Direction Générale pour l’Energie et les Transports de la Commission Européenne et plus précisément de l’exposé fait par Michaela Holl, « EU Energy Policies for Buildings » (1ère planche de la page 2), lors d’un séminaire organisé à Bruxelles le 14 Octobre 2009, par le Task Group n°66 Energy and the Built Environment du Conseil International du Bâtiment dont je suis le coordinateur.

Je note que ces chiffres sont également valables pour les Etats-Unis si j’en crois l’intervention « U.S. Policies and Concepts Supporting Improved Energy Efficiency in Buildings » faite par Shyam Sunder (National Institute of Standards and Technology – NIST – du Ministère du Commerce) lors du même séminaire (1ère planche de la page 4). Mais comme vous l’indiquez, là n’est pas l’essentiel.

Vous pensez ensuite que je sous entends qu’il est possible de baisser consommation d’énergie et émissions de gaz à effet de serre  simplement en travaillant sur les immeubles, et ainsi en négligeant la manière dont ils sont utilisés par la suite. Je suis d’accord avec vous sur le fait que la performance dépend non seulement des caractéristiques des immeubles mais aussi de la façon dont ils sont gérés et utilisés. En partenariat avec plusieurs professionnels de l’immobilier, je l’affirme clairement dans l’article récent « Evaluer et garantir la valeur verte immobilière ».

Vous indiquez enfin que nous n’avancerons pas vite avec une construction neuve qui ne représente chaque année que 1 à 2 % du stock. Je suis d’accord avec vous. L’enjeu essentiel est la rénovation ambitieuse du stock existant.

 

2         – Les immeubles verts créent de la valeur.

 

Vous indiquez que l’étude de Piet Eichholtz, Nils Kok et John M. Quingley se contente de démontrer qu’un immeuble neuf vaut plus qu’un immeuble ancien. C’est inexact, de même pour les deux autres analyses que je cite, celle de Franck Fuerst et Patrick McAllister et celle de Norm Miller, Jay Spivey et Andy Florance. Il est intéressant de noter que ces trois recherches utilisent la même base de données immobilières (CoStar), concluent dans le même sens (un immeuble de bureaux Energy Star® et LEED® a tendance à avoir un loyer, un taux d’occupation et un prix de revente plus élevés) mais divergent sur les chiffres.

Pourquoi ? Parce que chaque équipe construit un modèle mathématique dit de « prix hédoniques » qui tente, avec plus ou moins de succès, de comparer les immeubles certifiés avec des immeubles non certifiés de caractéristiques comparables (âge de l’immeuble, localisation, taille, marché local…).

Je suis d’accord avec vous sur le fait que la valeur verte s’exprimera plus par le risque (important) de dévalorisation des immeubles non verts que par la survaleur des immeubles verts. Vous avez raison de suggérer au monde de la recherche de s’intéresser de plus près aux mécanismes de décote des immeubles non verts. Reconnaissez toutefois qu’il s’agit du même phénomène de valorisation-dévalorisation des patrimoines immobiliers.

Ensuite je vous rejoins quand vous affirmez que de nombreux professionnels investissent dans des immeubles « verts » pour des raisons « marketing », personne « ne sachant vraiment pourquoi ».

Je suis également d’accord sur le fait que les certifications d’immeubles ne garantissent pas les performances de la gestion et de l’utilisation. J’ai mis sur mon blog plusieurs études qui le montrent, comme celle de O. Catarina et S. Illouz sur HQE®, celle de G.R. Newsham, S. Mancini et B. Birt sur LEED® ou celle de J.M. Zgraggen et alii sur Minergie®.

Je note d’ailleurs que les certificateurs en ont pris conscience puisqu’ils ont créé les certifications « HQE® Exploitation », « BREEAM® in Use » et « LEED® for Existing Building Operation & Maintenance » qui portent sur l’exploitation et l’usage.

 

3         – La notion d’immobilier durable se résume à l’approche énergétique.

 

Là vous signalez un vrai danger. Même si je parle plutôt de qualité énergie-environnement-santé des immeubles et que j’indique qu’il faut maintenant aussi intégrer dans l’analyse le transport des utilisateurs des immeubles, il faut veiller à bien affirmer la dimension socio-économique de l’immobilier durable.

Les questions que vous posez sont les questions stratégiques : Est-il nécessaire ou non de construire cet immeuble ? Quelle est la viabilité économique du projet à long terme ? Faut-il construire un nouvel immeuble ou réhabiliter un immeuble existant ? Comme vous, je connais des immeubles HQE® qui n’auraient jamais du être construits, en particulier à l’endroit où ils l’ont été.

 

Comme vous le dites, ultimement nous défendons les mêmes valeurs et servons les mêmes objectifs. A nous d’agir, vous en tant que professionnel, moi en tant que consultant et enseignant, pour convaincre les acteurs du marché que, comme vous l’indiquez, « l’immobilier durable ne sera bientôt plus une option, mais une nécessité » ».

 

Jean Carassus, consultant, professeur Ecole des Ponts ParisTech, www.immobilierdurable.eu